Nombreux sont les romanciers qui ont évoqué le sujet sur la fin du monde et de sa pérennité, mais personne ne l’avait encore approché de la même façon que Cormac McCarthy. Son œuvre The Road a d’ailleurs gagné le Prix Pulitzer de la Fiction en 2007 et a récemment été adaptée au cinéma. The Road (titre français : la Route) parle d’un père et de son fils qui errent dans un monde chaotique, et son sujet tourne autour de la droiture, de l’éthique et de la survie. La sortie du film est prévue pour le 2 décembre en France après avoir fait l’objet de plusieurs annulations.
Synospsis du film
Voilà plus d’une décennie que le monde a explosé ne laissant que les ruines à l’horizon. On ne se souvient pas exactement ce qui est arrivé mais les survivants parlent d’un éclair monstrueux et aveuglant et après cela, plus rien n’a subsisté, ni nourriture, ni énergie, ni végétation. Les derniers rescapés se déplacent difficilement dans un monde ruiné, enseveli sous les cendres. C’est dans cet univers apocalyptique qu’un père et son fils, rôles interprétés respectivement par Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee, déambulent en poussant un chariot plein d’objets divers, du moins ce qu’il reste de leurs biens : un peu de nourriture et une arme pour se défendre. Alors qu’ils arpentent une ancienne route qui mène vers la côte ouest, ils doivent faire attention car le danger rôde : des hommes devenus des cannibales pour survivre. Le souvenir de sa femme qui s’est suicidée, personnage incarné par Charlize Theron, vient alors tourmenter le père, mais malgré son désespoir, il devra veiller sur ce qui lui reste de plus cher : son fils.
revenir en hautLes paraboles faisant allusion à la société
Sa fidélité au roman de Comac McCarthy est l’une des grandes qualités de ce film. C’est également un mélange réussi de philosophie, de science-fiction et de réalité, d’autant plus qu’il dissimule délibérément les précisions comme la date ou le nom des personnages. A la différence des autres cinéastes, Hillcoat n’évoque pas l’avenir mais plutôt le présent. Il nous met en garde sur le développement de l’humanité en dépeignant le monde d’aujourd’hui basé sur la violence. Pour ceux qui n’ont pas encore lu le roman, la fin est pareille et fidèle à celle du roman : pas de fin heureuse mais plutôt une vision rationnelle et pessimiste de la situation actuelle. La civilisation est franchement exposée à divers dangers et chaque tentative de redressement sociale prédit son propre anéantissement. De la même manière, Hillcoat aborde le thème du cannibalisme pour se référer à la façon dont la société actuelle dévore les personnalités de chacun dans le but de les changer en un seul et unique individu. Le cannibalisme sert d’allégorie pour qualifier les relations d’autophages entre les gens de la société. D’un point de vue abstrait, la problématique du film La Route est plus délicate : comment léguer une connaissance, une culture, une langue dans un univers hanté par le mal ? A titre d’exemple la séquence de la canette de Coca-Cola se réfère de façon métaphorique au regret d’une Amérique passée et la maigre aspiration de vie en croyant à des légendes car quand on n’a plus foi en rien, alors on cesse d’espérer et on cesse de vivre. Voilà la raison de ces flashbacks avec l’image apaisante de la mère, ressurgissant à la surface tels des souvenirs d’un passé heureux en opposition à un futur sombre.
revenir en hautLes métaphores bibliques
Dans le film, le père agit en prédateur pour nourrir son fils, qui malheureusement doit affronter une réalité insoutenable dès son plus jeune âge. S’il continue de lutter, c’est seulement pour son fils qui symbolise le futur. Sa pureté quasiment rédemptrice et ses impulsions altruistes aident à asphyxier la barbarie du père qui n’est pas de la même génération. Par cette innocence, le fils neutralise le mal et c’est de cette manière que l’auteur connote l’aspect religieux du film. En effet, dans les textes de la Bible, Caïn fut le premier à arpenter cette route apocalyptique car Dieu l’a contraint à errer, et c’est ce qui arrive précisément dans le film. Mais on peut également faire abstraction de cette analyse biblique et aborder le film sous un autre angle de vue athée : la peur est commune à tous les individus et se ressent à travers les comportements et les regards. Dans son roman, McCarthy écrit que la destruction du monde passe par la dégénérescence de la nature avec les arbres qui meurent et l’espace qui manque. Ces clichés peuvent servir à camoufler un manque de fond du sujet. En prenant du recul, Hillcoat n’arrive que par saccades à mettre en scène les écrits du romancier, alors il s’est focalisé sur l’aspect émotionnel du livre. On a donc un film qui n’est pas à la hauteur de nos espérances par rapport au roman bien que le réalisateur ait gardé les grandes lignes.
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