Les Coleman reflètent pour ainsi dire l’idéal d’une famille unie : des parents aimants, un fils aîné et une fille cadette qui a un problème de surdité. Cette image s’écroulera le jour où Kate mettra au monde un enfant mort-né. La tragédie ayant abattu Kate, elle s’est mise à boire et refait les mêmes cauchemars chaque nuit. Pour combler le vide laissé par leur enfant, Kate en compagnie de son mari John, prit la décision d’adopter un enfant même plus âgé. Ils se rendirent alors dans un orphelinat où ils se sont directement attachés à une petite fille du nom d’Esther. Les qualités et les manières irréprochables de la petite fille ne laissaient présager son côté vil. Très vite, de terribles accidents coïncidèrent avec l’intégration d’Esther au sein de la famille en commençant par des crises d’hystérie inexpliquées à l’école et la chute d’une de ses camarades. Kate commence alors à réaliser que derrière l’image angélique d’Esther se cache une personnalité dérangée, ce qui a d’ailleurs été confirmé par le psychiatre d’Esther. Voulant protéger ses progénitures, Kate se heurte à son mari qui considérait déjà Esther comme sa propre fille. Pour pouvoir sauver sa famille, Kate va devoir affronter ses vieux démons et faire en sorte d’éloigner Esther une bonne fois pour toute.
Un casting réussi
L’aspect le plus frappant du film demeure le personnage d’Esther, habilement joué par la très jeune actrice de douze ans Isabelle Fuhrman. Elle interprète sans l’ombre d’une imperfection le rôle de la démoniaque Esther. Son aptitude à jongler entre le côté angélique pour gagner en crédibilité auprès de l’audience et son comportement déroutant dégageant le côté démoniaque d’Esther sont interprétés à la perfection, surtout dans la séquence finale. Les enfants Coleman sont également très bien incarnés dans des scènes qui sont projetées à l’écran avec beaucoup de réalisme et de naturel : une petite fille qui est sourde et muette et un jeune garçon qui se rebelle contre la nouvelle venue. Par ailleurs, n’importe quelle mère se retrouve dans le personnage de Kate Coleman joué par l’actrice Vera Farmiga : le côté mère-poule à vouloir protéger ses enfants envers et contre tous, quitte à mettre en péril sa vie conjugale. Et Peter Sarsgaard qui interprète sans équivoque le rôle de John Coleman : un père qui adore ses enfants, qui essaie de rendre sa femme heureuse sans se rendre compte que le mal s’est incrusté au sein de sa famille. Une harmonie réussie de la part du jeune réalisateur Jaume Collet Serra qui a su équilibrer le casting.
revenir en hautLa mise en scène du drame Esther
Bien qu’Esther revisite le classique de l’enfant perturbé, nul ne se doutait qu’il ne s’agissait point ici d’un dédoublement de personnalité ou d’une crise de schizophrénie. C’est pratiquement à la fin de la bande que le public sait enfin qu’Esther souffre d’un trouble hormonal du nom de nanisme proportionnel. On s’est tous posé des questions sur la salle de bain verrouillée, les photos d’homme d’âge mûr dans sa bible, les robes de princesse et surtout les rubans à son cou et à ses poignées. Ici, le réalisateur a réussi haut la main à retenir toute l’attention de l’audience jusqu’à la fin. Sans parler des scènes effrayantes comme dans la séquence du pigeon ou des peintures fluorescentes des toiles d’Esther. Le film Esther n’a vraiment rien à envier à ses concurrents sur ce point de vue. Tanguant entre le thème psychotique et celui du surnaturel, le film est un savant mélange de thriller et de tragédie grecque : des scènes d’horreur comme lors de l’accouchement mortel sanguinolent mélangées avec une espèce de complexe d’Œdipe entre le père et la fille. C’est ainsi que Collet Serra remet en scène le thème des enfants démoniaques mais autrement.
revenir en hautL’évolution du suspense du film
Du début jusqu’à la fin, Esther entretient une atmosphère intrigante et effrayante digne des plus grands classiques des films d’épouvante. On n’a pas idée sur quoi va déboucher l’accouchement d’un enfant mort-né, ni en quoi pourrait importer l’implication d’une enfant sourde et muette, ni encore moins imaginer la particularité d’une orpheline plus que parfaite. Ces codes nous permettent, au fur et à mesure que le film avance, de nous attendre au pire si toutes ces circonstances sont des plus ordinaires dans la vie réelle. En contrepartie des prises de son et de vue habituelles qui stimulent l’angoisse, dans le genre une porte qui grince ou un tueur qui se cache dans l’ombre, le film Esther garde les mêmes codes que ceux d’un film thriller classique. Toutefois, il vaut la peine d’être regardé, ne serait-ce que pour la performance d’Isabelle Furhman dont le visage et les comportements se déforment progressivement jusqu’à la révélation de sa vraie nature. La séquence finale du film est partiellement mal achevée lorsque la petite fille tente de séduire son père, c’est comme revisiter les complexes freudiens. Quant à la scène où Esther fait exprès de se casser l’os du bras pour convaincre tout le monde que c’est le résultat de sa dispute avec sa mère, cet aspect du film relève du masochisme et de la torture psychologique pour faire tourner les choses à son avantage. Tous ces codes sont toujours extraits du classique des enfants démoniaques. Mais quoi qu’il en soit, ces troubles émanent d’un problème psychologique et physiologique, bien plus qu’une simple obsession comme l’ont toujours projeté les autres films de la même catégorie. Tous ces faits contribuent à entretenir le suspense du début jusqu’à la fin du film.

